Présence permanente des forces de l’ordre à l’Uac : L’université, un camp militaire?

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L’Université d’Abomey-Calavi, lieu du savoir par excellence, depuis 2012 est devenu un endroit où la présence des forces de l’ordre est permanente. Cet état de chose n’est pas sans conséquences sur la quiétude des étudiants.

«L’Etat ne doit déployer aucune force militaire, paramilitaire ni aucun service de sécurité et de renseignement, ni toute force similaire à l’intérieur des locaux réservés aux établissements d’enseignement ». Voilà la substance de l’article 14 de la déclaration de Kampala sur la liberté intellectuelle et la responsabilité sociale régissant les principes de la franchise universitaire dans l’ensemble des pays africains signataires de la convention. Il s’agit de la convention signée par les universitaires du continent africain le 29 novembre 1990 en Ouganda dans l’objectif de mettre fin aux menaces sur la liberté intellectuelle. Ce texte protège la franchise universitaire en interdisant l’intervention des forces de l’ordre sinon, la militarisation des universités en Afrique.

Violation de la franchise universitaire

Suivant les explications de Alain Eklou, Secrétaire Général de la Fédération Nationale des Etudiants du Bénin (Fneb), la franchise universitaire est vidée. Il souligne que c’est depuis l’année 2012 au temps du Recteur Brice Sinsin que le non-respect de la franchise universitaire s’observe. Mais le constat s’avère amer aujourd’hui.

  La violation de cette franchise universitaire tend à s’ériger en une loi. Il est un secret de polichinelle que pour une petite manifestation de mécontentement des étudiants même pacifique, les autorités rectorales font appel à la police pour disent-ils rétablir de l’ordre et assurer la sécurité des biens et des personnes, or selon le même article ci-dessus cité, l’appel à l’intervention des forces de l’ordre doit se faire en commun accord avec toutes les couches de la communauté universitaire.

Aux dires de Rodolpho Dah-kindji, président de l’Union Nationale des Scolaires et Etudiants du Benin (Unseb), première organisation estudiantine la plus représentative de l’Université d’Abomey-Calavi, un comité restreint des membres de la communauté universitaire doit être mis sur pied pour formuler cette demande. « mais je n’ai jamais vu un comité mis en place avant qu’on ne fasse appel aux forces de l’ordre » dit-il. Ceci pose un problème de quiétude dans le rang de certains étudiants à pouvoir mener à bien leurs activités académiques.

C’est le cas de Brigitte Adelakoun étudiante en linguistique «quand moi je vois la police républicaine circuler sur le campus, franchement je ne me sens pas à l’aise à mener à bien mes réflexions sur les cours, car on est sur le qui vif», a-t-elle signifié. De son côté, Delphine Dansou, étudiante en première année à la Faculté des Sciences Economiques et de Gestion (Faseg), pense que la présence des forces de l’ordre sur le campus est issue d’une décision arbitraire des autorités rectorales et gouvernementales.

Du vandalisme des biens publics

Sur les raisons de ”vandalisme” que les autorités rectorales évoquent en faisant appel aux hommes en armes, Alain Eklou, le secrétaire général de la Fédération Nationale des Etudiants du Bénin (Fneb) s’inscrit en faux. Selon les interventions des responsables des étudiants, à tort ou à raison les étudiants considèrent la présence des hommes en uniforme dans leur cadre d’étude comme une violation de leur territoire et ceci les amène le plus souvent à s’organiser pour défendre ce territoire laissant place aux dégâts.

« Le droit de l’étudiant béninois est violé et il serait mieux pour les autorités rectorales et gouvernementales de penser à résoudre le problème et ainsi donner un sens à la liberté des étudiants » a déclaré Ashley, étudiante en première année à la Faculté de Droit et de Sciences Politiques. Rodolpho Dah-kindji, le président de l’Unseb fait comprendre que « les étudiants ont les capacités intellectuelles nécessaires pour mener pacifiquement leurs luttes et mouvements, c’est quand les forces de l’ordre viennent ils nous provoquent et on assiste aux dégâts ».

De son côté, Kassa Mampo Nagnini, Secrétaire Général de la Confédération Syndicale des Travailleurs du Bénin montre sa position en ces termes: « C’est terrible lorsqu’on va devant l’Université d’Abomey-Calavi et on voit un engin de la Police, un camion chargé d’eau chaude et pimentée qui est garé devant le campus universitaire, le lieu par excellence d’apprentissage, le lieu où on doit respecter les franchises universitaires, le lieu où on doit cultiver les bonnes relations entre les apprenants et les formateurs.

C’est là maintenant qu’on met devant le campus un engin de la Police pour effrayer les étudiants, tous ceux qui viennent apprendre. Ça fait une violation des franchises universitaires, des libertés au plan scolaire, une violation des règles démocratiques. On ne peut pas créer un camp militaire dans un campus. Le campus n’est pas un camp, un commissariat et on met un engin de Police devant ». Pour lui, la violence des étudiants ne vienne que de celle du pouvoir et ces étudiants ne sont mêmes pas violents mais suffisamment pacifistes contrairement à ceux d’autres pays.

Professeur Maxime da-Cruz: « Si nous étions capables de régler nos problèmes en adultes et en universitaires, on n’aurait pas besoin de faire recours à la force publique »

De son côté, le Recteur de l’Université d’Abomey-Calavi, le Professeur Maxime da-Cruz, dans une interview sur la question accordée à un journal dudit université, fait savoir qu’il est le premier à souhaiter le départ des forces de sécurité du campus. Pour sa part, la présence de ces forces coûte et pèse sur le budget du rectorat. « Si nous étions capable de régler nos problèmes en adultes et en universitaires, on n’aurait pas besoin de faire recours à la force publique. » déclare-t-il. Il poursuit en faisant un appel: « Apprenons à régler les problèmes de façon citoyenne.

On peut ne pas être d’accord et même s’énerver mais nul n’a le droit de porter atteinte à l’intégrité des personnes et des infrastructures. Si quelques soient nos différents, on peut se limiter aux arguments, on n’aura pas besoin de forces de sécurité. Je serai même heureux de les voir partir demain », va-t-il conclure.

Wilfried AZONHE (Stag)




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