Autonomisation des jeunes au Bénin : Absence de financement aux maraîchages

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Plusieurs personnes dans ce métier du secteur agricole malgré leurs ambitions et dévouement rencontrent un bon nombre de difficultés à faire valoir pleinement leurs compétences. Charles Akakpo, président dudit centre s’explique.

L’Actualité : D’où est venue l’idée de création de ce centre maraîcher ?

Charles Akakpo, le président du centre maraîcher de Houéyiho : C’est un grand centre créé depuis le 04 janvier 1972. Et le centre n’était pas ici, il était à Wologuèdè. Mais il s’est fait qu’un blanc qui dirigeait les maraîchers qui étaient une dizaine une quinzaine en ce temps-là a constaté que à Wologuèdè un jour, ce serait un terrain qui sera occupé par la population. D’où il a réfléchi et a vu qu’ici est vide, que d’un jour à l’autre on ne peut pas construire ici. D’où, est venue  l’idée de ce blanc français. Je ne me rappelle plus de son nom. Il est allé voir les autorités et avec ces autorités d’entre temps de la mairie de Cotonou, ensemble, ils sont allés voir les services de l’ASECNA à l’époque. Ils ont négocié  et comme eux autres aussi, ils ont vu que ce serait une très bonne idée d’installer les maraîchers ici et leur rôle c’est de mettre ici au propre chaque fois parce que c’est un centre que chaque fois les avions descendent. Vous allez voir tout à l’heure peut être. Donc voilà comment nous sommes arrivés ici.

Combien de maraîchers disposent du centre et quel est l’atmosphère de travail entre eux ?

Au fil des années  le nombre de maraîchers s’augmentait et aujourd’hui nous sommes près de 334 personnes dans la maison et de 334 nous avons au moins 54 femmes qui sont sur le site et travaillent. Nous avons des jeunes étudiants qui viennent faire leur formation ici, nous avons des jeunes qui ont appris des métiers et qui n’ont pas trouvé à faire et sont venus ici pour travailler. Tout d’abord le grand centre est subdivisé en 5 zones dont chacune d’elles a son responsable. Les responsables de toutes les zones coiffées par le Président que je suis. Tous ceux qui travaillent ici sont ceux du Sud Bénin pour le moment. Nous n’avons pas encore reçu des personnes du Nord qui voudraient y travailler. Les étrangers non plus. Il n’y a pas de problème entre nous. Chacun se contente de son travail. Tu viens, tu entres dans ton champ et tu travailles. Chez nous, il y a des règles que nous respectons car il est formellement interdit d’injurier et de se bagarrer.

Si une personne désire aujourd’hui s’installer au jardin, quelles sont les dispositions à prendre ?

Avant que quelqu’un ne vienne s’installer ici, il doit venir me voir et en tant que Président du site, je dois l’installer. Et je dois voir ses capacités, comment il connait le métier, est ce que vraiment il a l’ambition de faire le travail parce que c’est un travail noble, c’est un travail qui demande beaucoup de courage et d’actions. Donc il faut que la personne soit courageuse. Des fois tu fais les légumes, tu fais les choses, il y a la mévente qui s’installe et on n’arrive pas à vendre. Et quand il va commencer à rencontrer ces difficultés, il risque de partir. Alors nous sommes dans le métier avec les difficultés, avec tous ces problèmes. Si quelqu’un désire faire le travail, celui-là on doit le suivre d’abord pour un temps, voir si vraiment il a les possibilités de faire le travail et on peut voir comment il faut faire.

Quelles sont les spéculations que vous produisez ?

Les spéculations que nous produisons surtout, ce sont les légumes feuilles et les légumes de racines. Comme légumes feuilles, nous avons les « gboman », « salade », « fôtètè », « aman vivè », « tchiayo », un peu de tout. Et nous faisons les navets, carottes, radis, tout ce qui est culture maraîchère, on le fait dans le centre, tomates des fois. Le maraîchage aujourd’hui nourrit plus d’un dans le pays et il n’y a pas ce jour là où quelqu’un peut se lever et dire qu’il ne va pas manger de légumes, je pense qu’il n’y a pas cette personne. Donc tous les jours que Dieu fait, quand on se réveille, ce sont les légumes que nous mangeons. D’ailleurs, vous-mêmes vous le savez, les médecins nous conseillent très souvent de manger les légumes feuilles telles que les « gboman », « aman vivè », « tchiayo ». Ça fait du bien à l’organisme.

Arrivez-vous à subvenir à tous vos besoins avec ce métier ?

Pas tous nos besoins, nous arrivons quand même à surmonter nos difficultés, nos besoins de par ce que nous nous faisons mais pas tous parce que très souvent surtout le temps que nous traversons, c’est un temps très difficile où la mévente s’est totalement installée et on a des difficultés pour vendre. Ça nous permet de nourrir la petite famille, de payer la scolarité aux enfants, de résoudre nos problèmes, nos petits problèmes comme cela se doit. Qu’est ce qui est à la base de ça ? Il y a beaucoup de nos légumes qui viennent d’ailleurs. Il y a la CEDEAO qui est là, qui à la loi de la circulation des personnes et des biens dans notre sous-région si bien que les légumes viennent du Burkina, un Burkina qui est un pays enclavé où ils ont le problème d’eau et ce même Burkina qui nous envoie les tomates, les piments ici. Vous voyez donc que le Burkina a une politique maraîchère  là-bas, ce que nous n’avons pas ici, c’est ça qui est surtout notre difficulté. Et les pommes de terre sont importées par les burkinabè au Bénin, ces légumes viennent de ce pays. Le Niger nous envahit avec leurs oignons, le Ghana avec leurs tomates, le Togo avec les carottes, piments et les poivrons, etc. viennent de ces pays-là.  Même le Nigéria à côté, amène les choux, tout le monde le sait. Tu vas à Dantokpa, tu vas trouver les choux du Nigéria et nous qui sommes dans le pays, alors manquons de capital, n’avons pas de moyen, c’est aussi cela qui constitue notre problème majeur.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez ?

Vaille que vaille, on est dedans, on est dans le boulot. En dépit de tous les problèmes que nous vivons nous supportons et nous sommes dedans. Et il faut voir les pays qui sont à côté, j’ai cité certains pays de la sous-région. Ces pays-là, arrivent à surmonter les difficultés et ces légumes viennent de ces pays et nous avons la mévente. Ce sont les difficultés que nous rencontrons dans le métier.

Est-ce que vous avez un accompagnement des autorités municipales voir gouvernementales ?

Bon, quel appui vous aurez au moment où ces autorités mêmes n’arrivent pas, ne pensent pas à nous ? Ces autorités ne pensent pas à nous. Nous sommes laissés pour compte. Nous-mêmes, c’est de notre propre fond que nous évoluons. Alors c’est une très bonne question que vous avez posée. Alors, ce que nous avons aujourd’hui, c’est un grand centre. Au lieu que le gouvernement pense à nous, nous n’avons pas de subvention. De part et d’autre, on n’en a pas, c’est ça qui est notre problème majeur. Et maraîchers que nous sommes nous sommes sinon agriculteurs que nous sommes nous devons avoir une banque spécifique pour le maraîchage qui pourra permettre à nous les maraîchers, les agriculteurs d’aller faire des prêts si possibles. Ça va nous aider beaucoup à satisfaire nos besoins parce que nos produits que nous utilisons, ce sont des produits qui coûtent excessivement chers. Malgré que nous utilisons les produits bio, les engrais bio, les pesticides bio, ce sont des produits qui coûtent excessivement chers. Alors, il faut aller payer ces produits là et venir les utiliser. La main d’œuvre tout ça là. Est-ce que vous voyez ? Donc on a tant de problèmes.

Quel est votre mot de fin ?

C’est un appel que nous lançons aux autorités gouvernementales, que de penser à nous les maraîchers. Il se pourrait qu’ils nous ont oublié parce que l’agriculture d’aujourd’hui surtout l’agriculture péri-urbaine, elle est très importante. D’ailleurs même les médecins nous conseillent de manger les laitues, les légumes fraîs venus du jardin. C’est très important et ça fait du bien à l’organisme. Ce n’est pas seulement au moment où gouvernants seront entrain de faire les campagnes qu’ils vont venir vers nous, dire que voter pour moi, je vais vous faire si, je vais vous faire ça. Aujourd’hui, le maraîchage est un métier noble et beaucoup y rentre à cause du chômage qui s’installe dans notre pays. Est-ce que vous voyez ? C’est pourquoi j’avais dis tout à l’heure que le gouvernement doit penser à nous, créer une banque spécifique pour le maraîchage. Peut-être que vous allez me poser la question pour me dire que nous avons la CLCAM. La CLCAM n’est pas pour les maraîchers, les producteurs ni les agriculteurs d’aujourd’hui, ça je défie quiconque qui peut me dire que la CLCAM est là pour vous les maraîchers, ce n’est pas vrai. Elle est là pour  les fonctionnaires. Il y a des fonctionnaires dont les salaires passent par la CLCAM. Vous voyez, tout d’abord les prêts qu’ils nous font, ce sont des prêts avec des taux qui ne sont pas à la portée des producteurs, des agriculteurs. Est-ce que vous voyez ? Les gens font les prêts mais difficilement ils arrivent à les rembourser.

Interview réalisé par: Wilfried AZONHE (Stag)




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