Recrudescence des cas de grossesses en milieux scolaire : L’envers du décor

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Recrudescence des cas de grossesses en milieux scolaire :

 

L’envers du décor

 

Une élève en état de grossesse    

En plein 21ème siècle, des cas de grossesses d’adolescentes en milieux scolaire créent le tollé général, d’une année à une autre, au Bénin comme dans certains pays de la sous région. Et pour cause, les prédispositions socioculturelles, éducatives et en santé de reproduction peinent à limiter considérablement les dégâts. Acteurs, et spécialistes de la Planification familiale l’ébauchent et projettent de nouvelles approches pour faire face au phénomène. Enquête…

 

Suivant les chiffres du Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH4), rendus public par l’Institut national de la statistique et de l’analyse économique (INSAE), sur les 11 millions d’habitants que compte le Bénin, les personnes de sexe féminin    font 51% de la population totale.

Les indicateurs clés de la Cinquième Enquête Démographique et de Santé au Bénin (EDSB-V) 2017-2018, renseignent que la population béninoise est jeune : près de deux femmes sur cinq (39 %) et 35 % des hommes ont moins de 25 ans ; moins d’une femme sur cinq et moins d’un homme sur cinq (16 % dans les deux cas) ont 40 ans ou plus. Une adolescente sur cinq (20 %) a déjà commencé sa vie reproductive : 15 % ont déjà eu une naissance vivante et 5 % sont enceintes d’un premier enfant. La proportion d’adolescentes ayant déjà commencé leur vie féconde augmente rapidement avec l’âge, passant de 2 % à 15 ans à 47 % à 19 ans, âge auquel 38 % des jeunes filles ont déjà eu une naissance vivante.

Il est noté que les premiers rapports sexuels sont plus précoces chez les femmes que chez les hommes : 12 % d’adolescentes (15-19 ans) contre 6 % d’adolescents avaient déjà eu leur premier rapport sexuel avant leur 15ème anniversaire. Plus d’un tiers des jeunes hommes âgés de 20-24 ans (38 %), avaient déjà eu leurs premiers rapports sexuels avant l’âge de 18 ans, contre 61 % des jeunes filles.

« Non seulement le Bénin a une population jeune mais les filles prédominent. Et quand vous êtes dans un pays où la population est majoritairement jeune, et qu’il y a des politiques qui sont établies pour le bien être des populations, il faut que ces politiques tiennent compte des réels besoins de cette cible, donc la cible jeune. », souligne Kader Avonon, passionné des questions de planification familiale et tout ce qui est lié à la santé sexuelle  et reproductive des adolescents et des jeunes.

Il indique qu’à la suite de l’Enquête démographique de santé du Bénin 5ème génération, l’enquête appelée Analyse de la demande nationale (ADN) de la planification familiale a révélé qu’il y a des besoins spécifiques des jeunes.

« C’est vrai que les jeunes sont ensemble, mais il y a des groupes spécifiques, qui expriment des besoins spécifiques en terme de planification familiale. » relève Kader Avonon.

En effet, lorsqu’on parle de planification familiale, c’est une notion large qui prend en compte non seulement l’espacement des naissances mais également tout ce qui est lié à la sexualité à la reproduction à la fois chez l’homme et chez la femme. Elle  prend en compte également les aspects liés à la transmission du VIH Sida, des questions d’infections et du désir de maternité même sur des couples qui ont des problèmes d’infertilité.

La proportion de femmes non utilisatrices n’ayant pas discuté de planification familiale dans un établissement sanitaire ou avec un agent de terrain est plus élevée chez les femmes de 15-19 ans (91 % contre 76 % chez les femmes de 25-29 ans et 30-34 ans) selon la Cinquième Enquête Démographique et de Santé au Bénin (EDSB-V) 2017-2018.  C’est dans les groupes d’âges 25-29 ans et 30-34 ans, que le pourcentage de femmes qui informées sur la planification familiale est le plus élevé puisque 10 % en ont parlé à un agent de terrain et 20 % dans un établissement de santé.  Le pourcentage de femmes ayant parlé de la planification avec un agent de terrain varie de moins d’un pour cent dans l’Atacora à 18 % dans le Plateau. En ce qui concerne les femmes qui ont discuté de PF dans un établissement de santé, les pourcentages varient de 8 % dans le Mono et la Donga à 20 % dans l’Alibori, relève la Cinquième Enquête Démographique et de Santé au Bénin (EDSB-V) 2017-2018.

 

 

Des grossesses en milieux scolaire

 

La recrudescence des cas de grossesse en milieu scolaire, est un phénomène qui défraie souvent la chronique. A la connaissance de ceux que nous avons rencontrés, il n’y a pas d’enquête spécifique qui renseignent sur le taux de grossesses scolaire.

C’est le rapport annuel académique fourni par le ministère de l’enseignement secondaire   sur le nombre de grossesses enregistrées par département qui sert de base d’analyse, sur le taux de grossesses en milieu scolaire. Cela pourrait s’expliquer soutiennent-ils par le  fait que c’est une donnée difficile à maitriser parce que la grossesse dure un moment avant d’être mise au grand.

« Comment se fait il que à 10 ans 12 ans une fille tombe enceinte ? Or, elles ne se sont pas du tout prêtes. » s’inquiète un parent rencontré.

En effet, le phénomène de grossesses précoces ou de grossesses en milieu scolaire a beaucoup de conséquences sur les filles elles mêmes, que sur les garçons ou ceux qui sont auteurs de ces grossesses, mais également surtout le pays. Car    cela entraine la déperdition scolaire et en termes de  capital humain, le pays en souffre.

«Tout Agent Permanent de l’Etat reconnu auteur de grossesse constatée sur une apprenante est temporairement exclu de ses fonctions pour une durée de six (06) mois avec perte de toute rémunération à l’exception des allocations familiales. En cas de récidive, il est révoqué de ses fonctions avec perte de tous ses droits à pension. Pour l’Agent Contractuel de l’Etat reconnu auteur de grossesse constatée sur une apprenante, son contrat est rompu», précise l’article 21 de l’arrêté portant sanctions à infliger aux auteurs de violences sexuelles dans les établissements publics et privés d’enseignements secondaire général, technique et professionnel. Un arrêté en date du 31 mars 2016, signé de l’ancien Ministre Alassane Soumanou, qui plane comme épée de Damoclès sur la tête des potentiels coupables.

« Le problème des grossesses en milieu scolaire c’est un problème sérieux sur lequel il faut vraiment se pencher et même la direction ici fait beaucoup d’effort. Parce que justement, cela ne permet pas aux jeunes adolescents,  aux filles de façon générale de poursuivre leurs études, ça appuie la déperdition  scolaire et sur un même banc le garçon peut poursuivre ses études alors que la fille à cause d’une grossesse non désirée est obligée d’arrêter. On a remarqué que le phénomène ne diminue point, au contraire, on a l’impression aujourd’hui qu’avec les statistique que cela s’accentue encore plus, c’est pourquoi il est mis en œuvre l’éducation sexuelle complète, l’éducation intégré comme on le disait selon les classes et les niveaux dans les établissements scolaires. » relate le Dr Gaston  Ahounou, Médecin de santé publique épidémiologiste chef service planification familiale santé des adolescents et jeunes à la direction de la santé de la mère et de l’enfant (DSME) au ministère de la santé du Bénin.

 

Selon Madame Cécile Agoïnon, née Koubonou, Sage femme responsable de la maternité du Centre de santé communal d’Abomey-Calavi, représentant la responsable centrale de toute la commune, des cas de grossesse des mineurs courent les rues.

« Oui c’est les mineurs qui accouchent maintenant. Généralement c’est à 13 ans- 14 ans ; 19 ans- 20 ans. Trop de mineurs 15 ans, 16 ans, 17 ans au plus 19 ans ; 20 ans c’est que la fille là elle à beaucoup résisté. C’est des  étudiantes, en première année elles tombent enceinte en deuxième année elles tombent enceinte. Il y a aussi des élèves en dehors des femmes qui sont régulièrement mariées ; aussi les apprentis. », précise-t-elle.

Par contre certains relativisent. « De l’année dernière à cette année scolaire qui vient de s’achever nous  avons quand même connu une baisse de taux de grossesses dans les collèges et cela témoigne des efforts que les différents acteurs ont mis en place pour pouvoir juguler le phénomène. » indique, Marius Gnintoungbe, Gestionnaire de programme à CARE International Bénin/Togo.

En dehors des filles scolarisées, il y a également   une bonne tranche de jeunes filles qui est oubliée dans cette lutte. Il s’agit notamment des filles non scolarisées. Parmi elle, il y en a beaucoup qui ont aussi des grossesses précoces.  Des jeunes filles qui sont en apprentissage dans les centres de coiffure dans les centres de coutures et qui tombent enceinte qui sont incapables de pouvoir poursuivre le cycle d’apprentissage.  Il est également important de voir comment mettre en place des actions pour pouvoir juguler le phénomène à ce niveau aussi, souligne notre interlocuteur.

En effet ; la Cinquième Enquête Démographique et de Santé au Bénin (EDSB-V) 2017-2018 relève qu’au sujet de l’ Âge aux premiers rapports sexuels que parmi les jeunes femmes de 15-19 ans, 12 % avaient déjà commencé leur vie sexuelle avant d’atteindre l’âge exact de 15 ans contre 6 % chez les jeunes hommes de 15-19 ans. Avant d’atteindre 18 ans exacts, 59 % des femmes du groupe d’âges 25-49 ans avaient déjà eu leurs premiers rapports sexuels contre 39 % chez les hommes du même groupe d’âges.

L’enquête révèle que la fécondité est plus élevée chez les adolescentes qui vivent dans le milieu rural que chez celles vivant dans le milieu urbain. Environ, 24 % des femmes âgées de 15-19 ans, résidant en milieu rural ont déjà commencé leur vie procréative alors qu’en milieu urbain, ce pourcentage n’est que de 15 %.  « En conclusion, plus le niveau d’instruction est élevé, plus la proportion d’adolescentes ayant commencé leur vie procréative est faible » dit le document. Aussi est-il noté qu’au Bénin, 20 % des femmes âgées de 15-19 ans ont déjà commencé leur vie procréative : 15 % ont déjà eu, au moins, une naissance vivante et 5 % sont enceintes de leur premier enfant.

 

Grossesses en milieu scolaire et méthodes de contraception

 

Les méthodes contraceptives ont contribué à réduire plus ou moins les grossesses en milieux scolaire. N’empêche qu’il y en a encore des cas   de grossesse qu’on rencontre aujourd’hui sur les bancs.

« Aujourd’hui qu’on le veuille ou non, l’avortement est à côté et parfois très facile pour les jeunes aujourd’hui. Bien que puni par la loi », livre un de nos interlocuteurs.

«Au regard de ce que j’entends et des expériences que j’ai avec les jeunes aujourd’hui, jusqu’à 60% des grossesses sur les bancs sont avortées de façon clandestine.» estime Noël Emmanuel Akotèhin point focal des clubs Amour et vie de la Commune d’Abomey-Calavi.

« Si on veut agir sur les avortements, il faut beaucoup plus travailler sur les parents à la maison, parce que si les parent on l’habitude de discuter régulièrement de sexualité avec leur enfants à la maison, quand l’enfant tombe enceinte, elle viendra en parler avec ses parents. Et si elle en parle avec ses parents, ils ne vont pas accepter qu’elle aille avorter. » indique Noël Emmanuel Akotèhin point focal des clubs Amour et vie de la Commune d’Abomey-Calavi.

Selon qui, c’est beaucoup plus la peur des représailles qui fait que les adolescents et jeunes vont avorter. Alors qu’aujourd’hui il y a actuellement de méthodes mortelles pour avorter et même lorsque qu’on discute avec des enfants de 10 ans 12 ans, elles sont à même de citer des trucs inimaginables.

Par ailleurs, il est relevé par nombre de nos interlocuteurs que la principale crainte pour ne pas s’adonner au sexe chez les adolescents et jeunes c’est la grossesse.  Même si des méthodes de contraception existent, au nombre desquelles  le préservatif figure en bonne place, des usages, « Il a fallu médiation et plaidoyer pour que cela soit accepté.  Si on ajoute encore les méthodes contraceptives c’est comme si on dit aux enfants voilà faites tout ce que vous voulez. Mais en réalité ce n’est pas ça. Qu’on le veuille ou non les enfants sont déjà actifs. » déclare Noel Emmanuel Akotèhin point focal des clubs Amour et vie de la Commune d’Abomey-Calavi.

Face à cet état de chose, il est attendu selon ses déclarations « Beaucoup plus d’accessibilité de vulgarisation à la PF, discuter faire des plaidoyers à l’endroit des parents d’élèves, parce que si eux ne soutiennent pas ce que les Ong font, ça ne pourra malheureusement pas marcher. ».

Il est également relevé que des élèves à qui on distribue des préservatifs à l’école   sont obligés de les jeter, ou de les cacher parce que les parents ne peuvent pas voir ça.

« Imaginez  si le papa ou la maman n’est pas d’accord avec ça ; elle est obligée d’aller s’informer ailleurs, et posons nous la question si là-bas on lui donnera les bons conseils ? » fait constater Noël Emmanuel Akotèhin point focal des clubs Amour et vie de la Commune d’Abomey-Calavi.

Les adolescents et jeunes, sont de plus en plus vulnérables parce que les parents sont entrain de démissionner de leur rôle soutiennent certains qui reconnaissent tout de même que quelques uns  jouent leurs partitions, tout comme certains enseignants. Mais la question reste de quelle manière ?

Des appels recueillis de certains acteurs de la chaine de la Planification familiale invitent  les décideurs à  orienter beaucoup plus les actions et plaidoyers vers les parents pour qu’ils comprennent qu’en réalités les ONG n’encouragent pas la dépravation.

 

De l’accès aux contraceptifs

 

Selon la Cinquième Enquête Démographique et de Santé au Bénin (EDSB-V) 2017-2018, au Bénin, 16 % des femmes de 15-49 ans en union utilisaient au moment de l’enquête une méthode contraceptive, principalement une méthode moderne (12 %). Seulement 3 % utilisaient une méthode traditionnelle. La prévalence de la contraception parmi les femmes non en union sexuellement actives est nettement plus élevée (29 % pour toutes les méthodes et 24 % pour les méthodes modernes). Au nombre des Méthodes modernes utilisées, il y a la stérilisation masculine et féminine, les injectables, le dispositif intra-utérin (DIU), les pilules contraceptives, les implants, le condom masculin et le condom féminin, la méthode des jours fixes (MJF), la méthode de l’allaitement maternel et de l’aménorrhée (MAMA) et la pilule du lendemain.

Cependant, d’aucun penchent plutôt à la régulation de l’accès aux contraceptifs, c’est le cas de  Donatien A. technicien en maintenance informatique et réseau.

« Moi je voudrais même demander qu’il y ait une réglementation au niveau de l’usage des produits. Parce que tout enfant se lève et va aller acheter ces produits. S’il peut avoir une réglementation qui régie l’usage des produits ce serait bien. Voilà qu’aujourd’hui le rapport n’est pas limité à un certain âge donné, pour obliger les enfants à avoir un âge donné avant d’acheter les produits. ».  il va ajouter à la suite de son développement que « à un certain moment on peut permettre aux jeunes d’avoir accès en faisant les sensibilisations et en distribuant les produits. », invitant à amener les jeunes à avoir un certain âge avant de passer au sexe, ou s’abstenir, au minimum jusqu’à 16 ans.

Cependant, il reconnait que  le grand problème, la majeurs partie est réservée aux parents, conviant les structures intervenant dans le domaine de la Planification familiale à « sensibiliser les parents sur l’approche : Comment parler avec leurs enfants ? ».

« Je suis sur que si les parents le font bien (parlent à leurs enfants-ndlr), que la société  n’aura pas des problèmes comme nous l’avons en milieux scolaire, ou bien les filles en apprentissage qui tombent enceinte. ». souligne-t-il.

Kader Avonon, passionné des questions de planification familiale et tout ce qui est lié à la santé sexuelle  et reproduction des adolescents et des jeunes, note que « il  y a la communication même avec les jeunes qui se pose comme problème en termes d’accessibilité », et de relever que des enquêtes révèlent que dans les formations sanitaires, les jeunes sont mal accueillis. Surtout dans les formations sanitaires publiques : « Quand le jeune vient par exemple et dit j’ai besoin de contraception, automatiquement on se demande il a quel problème lui. Il veut la contraception pour quoi ? Or quelqu’un qui exprime le besoin cela veut dire que la personne cherche nécessairement à avoir des services. Quand déjà il y a ces  barrières là, du coup il faut comprendre pourquoi nous en sommes là aujourd’hui. Le jeune a peut-être besoin du service à côté de lui, mais on ne lui offre pas le servie qui est à côté, mais on veut que le jeune aille très, très loin… il y a ce problème de stigmatisation, ce problème d’accessibilité lié à la spécificité du besoin du jeune. ».

Cependant,    tous les jeunes n’ont besoin de contraception directement,  mais surtout   de conseille avant la contraception, indique-t-il.

«   L’Enquête Démographique et de Santé au Bénin a révélé qu’il  en a qui veulent vraiment. La plupart des jeunes pensent à leur avenir. Mais au même moment il y en a qui veulent déjà concevoir, mais comment ont  catégorise cette cible là. Et comment on oriente les messages  qu’on envoie ? » souligne-t-il.

Mais lorsqu’on parle des besoins, la question se pose de savoir si on a le personnel qualifié dans les centres de santé pour offrir les prestations aux jeunes ?

« Il y a du personnel, mais il n’y a pas suffisamment du personnel qualifié qui a les informations nécessaires,  pour pouvoir offrir les services de qualité.  Parce que quand on parle de service de qualité ça passe même par l’accueil,  comment vous accueillez le jeune pour lui offrir les services. La façon dont vous discutez avec lui lorsqu’il exprime son besoin, c’est tout cela qu’on met dans personnel qualifié jusqu’à l’offre des services de contraception. », dit Kader Avonon.

Il révélé que la responsabilité de cette situation est à plusieurs niveaux notamment au niveau étatique, parce que c’est le gouvernement qui gère tout ce qui est personnel de santé que ce soit dans le public que le secteur privé, bien que  des efforts   sont fait dans ce cadre    pour pouvoir mieux canaliser la chose et aujourd’hui lorsqu’on parle de contraception chez les jeunes, il y a des centres de référence pour pouvoir offrir les services.

Par ailleurs, le besoins d’agents spécifiquement dédiés se pose selon notre source. « Il n’y a pas des agents spécifiquement dédiés à cela. Il faut à un moment donné passer à ça. ». Toutefois,  « Il y a des cliniques privées d’ONG privées qui ont des cliniques qui offrent spécifiquement ces services là, il y a même des centres socio-éducatif dédiés aux jeunes et c’est un centre pour les jeunes. Et au même moment il y a le service clinique qui  accompagne. Le jeune sait que quand il y va il a accès au service et son droit est respecté. Il n’est pas stigmatisé discriminé dans l’offre de service. » relève Kader Avonon.

 

Des services spécifiques aux jeunes

 

Selon le Cinquième Enquête Démographique et de Santé au Bénin (EDSB-V) 2017-2018, les femmes ont leurs premiers rapports sexuels à un âge plus précoce que les hommes : parmi les jeunes femmes de 15-19 ans, 12 % avaient déjà commencé leur vie sexuelle avant d’atteindre l’âge exact de 15 ans contre 6 % chez les jeunes hommes de 15-19 ans. Avant d’atteindre 18 ans exacts, 59 % des femmes du groupe d’âges 25-49 ans avaient déjà eu leurs premiers rapports sexuels contre 39 % chez les hommes du même groupe d’âges. L’âge médian aux premiers rapports sexuels est estimé à 17,3 ans chez les femmes de 20-49 ans et à 18,7 ans chez les hommes de la même tranche d’âges.

« J’étais dans une zone sanitaire un peu dans le Nord, dans le département de l’Alibori où on a fait un atelier avec les prestataires de service, les sages femmes et les jeunes. Les jeunes disaient au sujet des sages femmes : mais, quand on vient chez vous c’est vous qui nous renvoyez. Vous dites à quel âge vous voulez déjà recevoir les services et vous nous insultez même et c’est vous qui allez divulguer dans tous les villages ici que nous on est venu demander de contraceptif. » témoigne Kader Avonon.

Il s’interroge alors à savoir dans un tel contexte « comment voulez vous que les jeunes fréquentent les centres de santé ?  Comment voulez vous que les jeunes viennent demander des services ? Il y a un réel problème. ». Et d’ajouter : « Et la sage femme de répondre que les jeunes aussi ils sont trop demandant. Lorsqu’on parle des jeunes quand ils viennent, ils veulent déjà être le premier  à être servi. Ils ne veulent pas avoir la patience d’être reçu. Et au même moment comprenez nous en tant que sage femme on a beaucoup de personnes à qui répondre. Il y a déjà une dame qui veut accoucher qui t’a déjà tapé sur les nerfs et au même moment il y a le jeune qui vient. Vous voyez ? Il y a le trop de travail ! ».

 

Des centres spécifiquement réservés aux jeunes ou  à la PF

 

« Puisque cela a marché ailleurs et on a vu qu’il y a des centres sociaux éducatifs aujourd’hui où lorsque le jeune est mis au cœur de votre service, lorsque la qualité, c’est adire le patient devient votre priorité, spécifiquement dédié à la planification familiale, en ce moment vous êtes à l’aise. Il n’y a pas de barrières, si vous y allez, vous allez  voir. C’est  un service d’ailleurs intégré ce n’est pas que la contraception, c’est intégré à la prise en charge des Ist et aussi les couples stériles qui veulent procréer, les couples qui cherchent à concevoir aussi on les aide à concevoir. Vous voyez c’est aussi ludique. Lorsque le jeune y va on ne sait pas nécessairement pourquoi il est parti, et il n’est pas stigmatisé. » explique Kader Avonon.

Toutefois, il fait des suggestions : « Un mécanisme pour pouvoir avoir des agents qualifiés c’est la formation et le recyclage au service contraceptif et la formation aux services adaptés aux adolescents et jeunes.  Il faut renforcer les capacités des prestataires de services et aussi renforcer le nombre d’agents qui seront dédiés à offrir le service aux jeunes. Puisque dans le rang des jeunes il y a beaucoup de choses qui se passent.».

Par ailleurs, il se pose également la question de responsabilité, notamment celle de l’Etat à promouvoir l’accès à tous et particulièrement des jeunes aux méthodes de contraception de façon gratuite quand ils le veulent et un accompagnement pour qu’ils puissent recevoir les services de façon aisée.

« Beaucoup vont se dire quand vous leur offrez l’opportunité d’avoir accès à la contraception c’est que vous leur ouvrez à la porte à tout. Mais ce n’est pas le cas, le jeune ne va pas vers quelque chose lorsque le besoin n’est pas exprimé. Ce ne sont pas les contraceptions qui vont faire exprimer le besoin mais le besoin d’aller au sexe est exprimé d’abord avant que la personne ne se dise, est-ce que  j’ai la possibilité d’avoir la contraception ou pas. A parti du moment où le besoin est exprimé qu’il ait l’option de contraception ou pas, il ira au sexe. Imaginez qu’on dise qu’on ne va plus céder les contraceptions au Bénin. Est-ce que cela va empêcher les jeunes d’aller au sexe, même si on sortait une loi aujourd’hui pour interdire la contraception ? » relève avec conviction Kader Avonon.

Mais pour l’accès à ces services, la nécessité de l’exemption de coût direct, se pose. « Le gouvernement peut mobiliser de la ressource les parties prenantes et les PTF (Partenaires techniques et financiers) peuvent apporter aussi de la ressource, les ONG peuvent aussi mobiliser de la ressource pour qu’on puisse avoir les services est-il suggéré. S’il est reconnu que beaucoup d’effort ont été fait aujourd’hui au Bénin avec l’appui de certains partenaires, et relevé qu’il y a un problème d’éducation à la santé sexuelle des jeunes car les parent ne se voient pas à l’aise en discutant de ces questions avec les jeunes. Du coût cela les laisse les jeunes à eux même. Alors qu’ils ont une facilité à comprendre ce que leurs camarades dit au-dehors.

«Les jeunes (filles et garçons) sont tout le temps avec leurs amis et leurs camarades de classe. Quand l’autre à lu quelque chose sur internet il dit toi tu  n’es pas à la page il y a tel pratique sexuelle qui existe tu n’as même pas encore essayé… cela devient même à un moment donné source de frustration pour le jeune il se dit bon, il faut que j’essaye cela pour pouvoir être aussi à la page. Donc cela pose un problème pour le jeune qui est obligé, voir contraints à un moment donné d’aller à ces pratiques sexuelles. Du coup on a les grossesses non désirées qui sont là qui les attendent. Les parents non  pas qu’ils ont fui leur responsabilité mais il y en a qui on envie de discuter de cela, mais ils n’ont pas les moyens pour cela. Les parents vous diront nous on n’a pas reçu une éducation comme cela de nos parents à nous. Mais comment on l’offre à nos enfants ? Du coup ils n’ont pas reçu et ils ne veulent pas transmettre, comme ils ne peuvent pas transmettre et il y a les ONG qui sont là pour ça aujourd’hui qui font un très bon travail. » relève Kader Avonon. Il indique que : « Si on utilise les méthodes de contraception, c’est sûr qu’il n’y aura pas de grosses au moins à 99%. ». Cependant il, ne penche pas pour la  contraception systématique : « Il n’y a pas une question de contraception systématique, la contraception c’est au choix. On ne peut pas obliger quelqu’un à aller adopter une méthode contraceptive, c’est au choix. Mais, est-ce que vous donnez les moyens aux gens et le jour ou ils décident de faire la contraception, ils ont la possibilité ? ».

Soutenant que si les moyens sont là, et sont mis à disposition, il n‘y a pas de tabou autour, on peut comprendre que c’est une question de santé pour le jeune et il comprend, le jour où il décide d’aller au sexe et qu’il n’est pas prêt d’être parent, il va penser  aux précautions. Mais lorsque l’information n’est pas là, lorsque le service n’est pas là et  il  décide d’aller au sexe c’est qu’il a décidé d’aller au sexe. « Lorsqu’on décide d’aller au sexe et que l’envie est là  si tu n’as vraiment  pas  les moyen nécessaires   pour pouvoir calmer cette envie ça prend. » souligne-t-il. Et d’ajouter que : «  C’est les choix par défaut qui font qu’aujourd’hui les jeunes sont à un moment  donné, obligés d’aller aux grossesses. On ne leur a pas donné la possibilité de choisir. D’avoir les meilleures options. ».

 

Nécessité d’opter pour l’éducation à la santé sexuelle

 

Selon Marius Gnintoungbe, Gestionnaire de programme à CARE International Bénin/Togo, il faut utiliser les méthodes contraceptives au moment où il le faut. Et on ne peut pas continuer par parler de méthodes de contraception à tors et à-travers à des jeunes à des adolescents, mais beaucoup plus leur donner les compétences de vie. Cependant, si l’âge arrive et que l’adolescent ou le jeune doit se livrer à des actes sexuels  on peut comprendre. « Pour moi, les taux de grossesse dans les collèges que nous connaissons ne sont pas forcément lié au fait que les enfants ne connaissent pas les méthodes contraceptives. Mais parce que ces enfants là n’ont pas les connaissances qu’il faut. Ils n’ont pas les informations qu’il faut et c’est plus sur cela que nous devons travailler. J’ai l’habitude de dire, dans nos pays, nous avons pour le moment besoin beaucoup plus de renforcer les connaissances, l’information sur la sexualité. Les méthodes contraceptives ne viendront que pour éviter un certain nombre de choses mais il faut que nous conscientisons nos enfants, nous leurs donnons les compétences de vie qu’il faut. Et leur donner ces informations, améliorer leurs connaissances est une question de droit. Et donc en le faisant, nous leur donnons le droit d’avoir l’information qu’il faut ; l’information sur la sexualité c’est important ! » dit-il.

Ce pourquoi, il invite à faire en sorte que tout ce qui est lié à la planification familiale, à la sexualité puisse toucher tous les sexes. Simplement parce-que lorsqu’on parle véritablement de planification familiale ce n’est pas une question de fille ou de garçon encore moins  quand on parle des adolescents  et de jeunes. Car suivant ses explications, à ce niveau le problème de planification familiale ne se pose pas, mais c’est le problème de santé sexuelle. Notamment l’Éducation à la santé sexuelle qui se pose beaucoup plus. « L’éducation à la santé sexuelle  considère tous les sexes que soit masculin ou féminin. Et la planification familiale n’est qu’une partie de cette éducation à la santé sexuelle. Donc pour moi, c’est mieux d’englober le thème en parlant beaucoup plus à ce niveau d’éducation à la santé sexuelle qui doit toucher à la fois le garçon et la fille. Donc on ne doit pas penser que lorsque nous parlons  d’éducation à la santé sexuelle que cela  va seulement à l’endroit des filles, non! Le garçon aussi à la sexualité et on doit lui apprendre comment exprimer cette sexualité. Comment vivre cette sexualité là. ».

Selon Marius Gnintoungbe, Gestionnaire de programme à CARE International Bénin/Togo, « Il faut intégrer le plus grand nombre d’acteurs, il faudrait qu’on ait beaucoup d’acteurs qui interviennent dans les collèges dans les centres d’apprentissage que cela ne soit pas réservé aux adolescents et aux jeunes de Cotonou seulement ou de Parakou  seulement. Il faudrait que nos actions soient beaucoup plus larges. ».

 

Approches de solutions face au phénomène

 

Les jeunes femmes qui ont leurs premiers rapports sexuels à un âge précoce courent, en général, un risque plus élevé de tomber enceintes ou de contracter une IST que celles qui commencent leur vie sexuelle plus tard. L’utilisation régulière du condom contribue à réduire de tels risques. Parmi les jeunes de 15-24 ans qui ont eu des rapports sexuels avant l’âge de 15 ans, 12 % sont des femmes et 8 % sont des hommes. Les femmes qui ont eu leur rapport sexuel avant 18 ans représentent 62 % contre 39 % d’hommes indique la Cinquième Enquête Démographique et de Santé au Bénin (EDSB-V) 2017-2018.

De 1996 à 2017-2018, le pourcentage de jeunes femmes qui ont eu des rapports sexuels avant l’âge de 15 ans a légèrement diminué, passant de 14 % à 12 %. Parmi les adolescents de 15-19 ans, 12 % des femmes et 6 % des hommes ont eu leurs premiers rapports sexuels avant l’âge de 15 ans. Dans ce même groupe d’âges, 4 % des femmes, mais aucun homme, avaient déjà contracté une union avant d’atteindre l’âge de 15 ans. Environ 1 % des femmes et aucun homme n’avait eu d’enfant avant l’âge de 15 ans.

«Pour moi lorsque je prends la question de la planification  familiale,  chez les adolescents et les jeunes, je crois que il est beaucoup plus question de comportement sexuels ; faire en sorte beaucoup plus que les jeunes aient des comportement sexuels plus responsables, leur donner ce qu’on appelle en anglais le life-skills (L’éducation fondée sur les compétences de la vie est une forme d’éducation qui met l’accent sur l’acquisition de compétences personnelles telles que la réflexion sur soi, la réflexion critique, la résolution de problèmes et les compétences interpersonnelles- ndlr) ou des compétences de vie. Pour que ces enfants, ces adolescents et ces jeunes puissent mieux utiliser leurs sexualité et donc il est important de faire la différence entre la sexualité et le sexe et ne pas continuer par laisser les acteurs intervenir touts azimuts et sur toutes les formes comme nous en voyons et on se permet d’aller distribuer des préservatifs dans les collèges même dans des écoles primaires. je crois que c’est des choses sur lesquelles nous devons mettre l’accent et tenir compte quand même de nos réalités socioculturelles pour pouvoir faire en sorte que nous ayons des personnes des  adolescents, des jeunes beaucoup plus responsables. Je crois qu’en le faisant nous allons avoir des personnes responsables et si dans la foulée il y en a qui a l’âge qu’il faut pensent qu’il faut mettre des méthodes contraceptives ils pourront quand même l’utiliser. », évoque Marius Gnintoungbe, Gestionnaire de programme à CARE International Bénin/Togo, face à la situation.

 

Perspectives …

 

La fécondité précoce a tendance à diminuer avec l’augmentation du niveau d’instruction, le pourcentage de jeunes filles ayant déjà commencé leur vie reproductive passant de 34 % parmi celles n’ayant aucun niveau d’instruction à 19 % parmi celles ayant le niveau primaire et à 8 % parmi celles ayant le niveau secondaire 2ème cycle, d’après la Cinquième Enquête Démographique et de Santé au Bénin (EDSB-V) 2017-2018.

Cependant, pour inverser la tendance des cas des grossesses en milieux scolaires ou non désirées, selon certains acteurs de la PF, il est souhaité que les action de lobbying et de plaidoyer soient plus renforcées du côté des acteurs de la société civile pour installer un cadre pour garantir que les jeunes qui viennent dans le système scolaire sortent avec zéro grossesses et leur permettre d’aller jusqu’au bout de leur cursus scolaire.  Ceci en s’assurant que les jeunes ont la possibilité de recevoir des services dans le cadre scolaire, c’est-à-dire, même au sein des infirmeries scolaire. Car ils sont à l’école tout le temps. Ainsi que l’introduction de l’éducation à la santé sexuelle dans les curricula de formation, au niveau secondaire. A ce niveau il y a la phase pilote qui a cours au Bénin en attendant   sont expansion.

Également, il y a la nécessité de dupliquer les centres socioéducatifs comme les Centre Jeunes Amour et vie, mis en place par l’Association béninoise pour le marketing social (Abms) qui visent à améliorer l’accès, la disponibilité et l’utilisation des services de Santé de la reproduction des adolescents et jeunes (Sraj)  pour prévenir les grossesses précoces et les Ist/Vih, actuellement dans certains établissements des communes du pays. Suivant les informations reçues le projet est en expansion afin de couvrir toutes les communes et les collèges et lycées.

Selon  le Dr Gaston  Ahounou, Médecin de santé publique, épidémiologiste , chef service planification familiale santé des adolescents et jeunes à la direction de la santé de la mère et de l’enfant (DSME) au ministère de la santé du Bénin, « La Direction de l’enfant et de la mère avait fortement appuyé l’élaboration des différents curricula de formation et  l’intégration  dans les curricula des écoles et je pense que nous allons poursuivre dans ce sens. Nous sommes entrain de mettre en place dans les écoles des infirmeries scolaires, la réhabilitation de ces infirmeries avec l’appui de l’UNFP et l’équipement de ces infirmeries scolaires  pour qu’il y ait aussi des informations sur la santé sexuelle et de la reproduction aux écoliers et aux élèves qui sont dans ces différents établissements pour que l’adolescent et l’adolescente comprennent que les études d’abord et tout faire pour ne pas attraper une grossesse non désirée. ».

 

Par Ange BANOUWIN

Publié le 25-09-2019 dans Quotidien L’Actualité

 

 

 




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