Taux de prévalence à la Planification familiale au Bénin : Comment les attentes sont plombées

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Taux de prévalence à la Planification familiale au Bénin :

 

Comment les attentes sont plombées

 

Des produits de Planification familiale disponibles au Bénin

La Planification familiale (PF) est l’ensemble  des moyens et  dispositions mis à la portée d’un individu ou d’un couple afin de les aider à avoir le nombre d’enfants au moment voulu. Elle permet aussi d’aider les couples infertiles, désespérés qui désirent avoir un enfant de procréer.  Ainsi que la prise en charge des IST/MST et du VIH SIDA. En effet, la garantie d’un accès aux méthodes contraceptives est essentielle pour assurer l’autonomie et le bien-être des femmes et des enfants, en leur donnant la possibilité de retarder des grossesses précoces ou des naissances non désirées. Aussi, le recours à des méthodes contraceptives permet de réduire la mortalité infantile et maternelle… Malgré les avantages qu’offre la Planification familiale ; au Bénin, le taux de prévalence marque les pas. Enquête…

 

Au Bénin, afin de mieux coordonner les actions menées dans le domaine de la Planification familiale, il est élaboré périodiquement un Plan national de la Planification familiale. Le dernier en date est le Plan national de la Planification familiale 2015-2018, mais actuellement, il est en cours d’élaboration un nouveau Plan national de la Planification familiale.

En effet, dans le Plan national de la Planification familiale, il est inscrit les grandes stratégies que le pays a retenues pour pouvoir améliorer le taux de prévalence contraceptive.

Plusieurs stratégies qui regroupent tout ce qui pourra être fait aux différents niveaux, notamment au niveau central au niveau départemental et au niveau périphérique et communautaire y sont inscrites.

« Ce plan reste la boussole de tous les intervenants dans le secteur pour que nous puissions améliorer la prévalence contraceptive et fait partie des différentes stratégies que chaque structure essaie d’utiliser pour la mise en œuvre des projets. » a indiqué Marius Gnintoungbe, Gestionnaire de programme à CARE International Bénin/Togo.

Malgré la mise en œuvre de ce plan, le Taux de prévalence contraceptive  au Bénin n’est pas assez reluisant malgré les efforts fournis. Et pour cause, nombre de facteurs tirent les efforts vers le bas.

De la Cinquième Enquête Démographique et de Santé au Bénin (EDSB-V), il ressort qu’au Bénin, 16 % des femmes de 15-49 ans en union utilisaient au moment de l’enquête une méthode contraceptive, principalement une méthode moderne (12 %). Seulement 3 % utilisaient une méthode traditionnelle, et la prévalence de la contraception parmi les femmes non en union sexuellement actives est nettement plus élevée (29 % pour toutes les méthodes et 24 % pour les méthodes modernes).

Les méthodes modernes utilisées au Bénin suivant l’enquête sont la stérilisation masculine et féminine, les injectables, le dispositif intra-utérin (DIU), les pilules contraceptives, les implants, le condom masculin et le condom féminin, la méthode des jours fixes (MJF), la méthode de l’allaitement maternel et de l’aménorrhée (MAMA) et la pilule du lendemain.

Le pourcentage de femmes de 15-49 ans en union qui utilisaient une méthode de contraception moderne au moment de l’enquête est de 12 %. Par rapport à l’EDSB-IV 2011-2012, il est noté une augmentation de ce niveau d’utilisation, la prévalence moderne étant passée de 8 % à 12 %.

Les méthodes modernes sont les méthodes les plus utilisées par les femmes en union, en particulier les implants et les injectables. Le pourcentage d’utilisatrices d’implants a augmenté entre 2011-2012 et 2017-2018, passant de 1 % à 5 %.

Seulement 52 % des femmes qui utilisent la contraception moderne ont reçu les informations qui permettent un choix informé.

Parmi les épisodes d’utilisation contraceptive ayant eu lieu dans les cinq années précédant l’enquête, 33 % ont été discontinué dans les douze mois. Les injectables constituent la méthode qui connait le taux de discontinuité le plus élevé (57 %).

Il est révélé que 32 % des femmes de 15-49 ans en union ont des besoins non satisfaits en matière de planification familiale.

« Les résultats que nous avons escompté d’après nos objectifs fixés avec le partenariat de Ouagadougou pour 2018 n’était pas atteint puisqu’on avait dit qu’on devait atteindre 20% de taux de prévalence contraceptive mais on est resté d’après l’enquête démographique de santé de  2017-2018,  autour de 12,4%, néanmoins nous avons progressé, puisque il y a 5 ans on était autour de 5,9% donc on est passé à 12%. » a indiqué en septembre 2019, le Dr Gaston  Ahounou, Médecin de santé publique, épidémiologiste, chef service Planification familiale santé des adolescents et jeunes à la Direction de la santé de la mère et de l’enfant (DSME) au ministère de la santé du Bénin. Le Bénin a le taux le plus faible de la sous région en terme de prévalence contraceptive mais fait des efforts pour évoluer selon le spécialiste.

«  Quand on regarde un peu l’engagement depuis 2013, et à ce jour on est à 12%, cela veut dire qu’il y a un réel problème et il faut vraiment qu’on travaille pour corriger cela. » a exprimé, Kader Avonon, Passionné des questions de planification familiale et tout ce qui est lié à la santé sexuelle  et reproductive des adolescents et des jeunes.

Si au plan national le taux se présente ainsi, dans certaines périphéries, la situation est encore plus inquiétante.

« Au plan national on doit être à 12%, mais à notre niveau on va jusqu’à 6%, 8%,  9% voir 4% cela dépend du mois. » indique Madame Cécile Agoïnon, née Koubonou, Sage femme responsable de la maternité du Centre de santé communal d’Abomey-Calavi, représentant la responsable centrale de toute la commune.

En effet, selon la Cinquième Enquête Démographique et de Santé au Bénin (EDSB-V),  plus de six femmes sur dix (64 %) désirent avoir un ou un enfant supplémentaire : 24 % le souhaitent dans les deux prochaines années, 34 % le désirent dans deux ans ou plus et 6 % le souhaitent mais elles sont indécises sur le moment. Parmi les hommes, le pourcentage de ceux qui veulent un enfant ou un enfant supplémentaire est de 76 % : 33 % le souhaitent dans les deux prochaines années, 37 % le désirent dans les deux ans ou plus et 7 % le ne savent pas quand.

Cependant, parmi les hommes et les femmes de 15-49 ans actuellement en union, près d’un homme sur cinq (19 %) et d’une femme sur quatre (25 %), ne veulent plus d’enfants ou sont stérilisés.

En effet au Bénin suivant l’enquête, «  Le nombre idéal d’enfants est de 5,1 en moyenne pour l’ensemble des femmes de 15-49 ans et de 7,0 pour l’ensemble des hommes du même groupe d’âges.  Plus de neuf naissances sur dix (94 %) ayant eu lieu au cours des cinq dernières années étaient désirées : 77 % ont eu lieu au moment voulu et dans 17 % des cas, les femmes auraient souhaité qu’elles se produisent plus tard. Par contre, les naissances non désirées représentent 6 %.

 

Des goulots d’étranglement à la PF

 

C’est un secret de polichinelle que le taux de prévalence à la Planification familiale, est confronté à des goulots d’étranglement au Bénin. Le Dr Gaston  Ahounou, Médecin de santé publique, épidémiologiste, chef service Planification familiale santé des adolescents et jeunes à la Direction de la santé de la mère et de l’enfant (DSME) au ministère de la santé du Bénin, dévoile des goulots d’étranglement du Taux de prévalence contraceptive : 

« Le Bénin a la particularité d’être un pays pro-nataliste et les questions de planification familiale demeurent encore un tabou pour plusieurs personnes même pour les cadres supérieures. On n’en doute point. Dans l’administration quand vous parlez de la planification et autres c’est comme un sujet à ne pas aborder et même dans les structures sanitaires, la planification familiale est comme une activité complémentaire par rapport aux autres, c’est lorsqu’on a fini de faire les autres activités qu’on commence par penser à ça. Hors nous savons que c’est le premier pilier de la réduction de la mortalité maternelle. Nous savons que c’est un outil de développement personnel et de développement communautaire et développement du pays. Mais dans les faits les gens ne le pratique pas ainsi. Lorsqu’une femme vient dans un centre de santé pour la planification familiale, c’est après avoir pris en charge toutes les autres femmes qu’on pense à elle alors que ça ne devrait pas être ainsi. Puisque c’est une intervention qui permet de réduire la mortalité maternelle. Si cette femme mécontente rentre chez elle attrape une grossesse non désirée, elle va chercher à  avorter dans un milieu ; elle va faire un avortement insécurisé et peut en mourir et c’est ce qui se passe très souvent dans notre pays. ».

En effet, le taux de prévalence à la Planification familiale est au rabais parce qu’il y a beaucoup de facteurs qui y contribuent. « Il y a la sous information. Beaucoup de femmes ne sont pas bien sensibilisés sur la PF raison pour laquelle le projet de sensibilisation est venu et on a intégrer la PF dans toutes les unités de soins, dispensaire, consultation d’enfant même à la caisse on peut vous parler de la PF si vous venez acheter un médicament.

C’est une stratégie qu’on est entrain de mettre en œuvre pour pouvoir convaincre les femmes à adopter la PF. » précise Madame Cécile Agoïnon, née Koubonou, Sage femme responsable de la maternité du Centre de santé communal d’Abomey-Calavi, représentant la responsable centrale de toute la commune.

La Cinquième Enquête Démographique et de Santé au Bénin (EDSB-V) révèle que la majorité de femmes (82 %) non utilisatrices de la contraception n’ont parlé de planification familiale ni avec un agent de terrain, ni dans un établissement de santé. Seulement 8 % des femmes non utilisatrices de la planification familiale ont reçu la visite d’un agent de terrain et ont parlé de planification familiale et 14 % se sont rendues dans un établissement de santé et ont parlé de planification familiale au cours des 12 derniers mois.

Plus de la moitié des femmes (45 %) et des hommes (47 %) n’ont ni vu, ni entendu des messages sur la planification familiale par le biais de médias, comme la radio, la télévision, les journaux, le téléphone portable, ou d’autres médias comme une affiche, prospectus/brochure, animation culturelle/éducative, lieu de culte ou à l’école. C’est par le canal de la radio que les femmes et les hommes ont été le plus fréquemment informés sur la planification familiale (respectivement 43 % et 41 %), suivie par la télévision (respectivement 19 % et 18 %). D’autres médias mentionnés par les femmes et les hommes comme source d’information sur la planification familiale sont : des affiches, des animations culturelle/éducatives et des écoles. La proportion d’hommes et de femmes exposés aux messages sur la planification familiale par le biais des journaux/magazine est faible, respectivement (9 % contre 8 %).  Par ailleurs, l’opinion des femmes âgées de 15-49 ans varie sur le fait qu’il est acceptable de passer des messages sur la planification familiale dans les médias. Selon le type de média : la plupart des femmes pensent qu’il est acceptable de passer des messages sur la planification familiale à la télévision (86 %), dans les journaux/magazines (84 %), sur la radio (83 %), ou par le téléphone portable (81 %). Par contre, les proportions de femmes qui pensent qu’il est acceptable de passer des messages sur la planification familiale dans un lieu de culte (église ou mosquée) est nettement plus faible (7 %).

Cependant, il n’ya pas que la sous information, il y a aussi que les femmes qui s’inquiètent des effets secondaires de la PF.

« Si les femmes sont bien informées, bien sensibilisées elles doivent savoir qu’il ya les effets secondaires de la PF et comment il faut se faire suivre. » précise Madame Cécile Agoïnon, née Koubonou, Sage femme responsable de la maternité du Centre de santé communal d’Abomey-Calavi, représentant la responsable centrale de toute la commune, qui indique que : « Si elles arrivent à bien suivre leurs rendez-vous, si la prestataire l’a aidé à bien se faire examiner avant et à bien  choisir sa méthode, les  effets secondaires seront minimes et il y a une méthode de gestion des effets secondaires. ».

Nourrice d’un bébé de quelque semaines, Josephine Azankpo qui est à son 3ème geste, dont  l’ainé a bientôt 9 ans et le cadet 6 ans selon ses dires, n’a jamais eu recours aux méthodes modernes de PF. Pour pouvoir réalisé cet espacement de naissance, elle soutient avoir eu recours à décompter «  Au moins si ça fait deux ans et demi ou deux ans 4 mois … Comme nous on l’a étudié à l’école, je fais tout possible pour pouvoir le respecter » explique-t-elle.

Par ailleurs, elle indique « Moi si je veux faire maintenant, je vais finir de faire des enfants, là je vais savoir que je n’ai plus de temps pour faire d’enfant, parce qu’on ne sait jamais. ». Soutenant que : « Il  y a des gens qui disent s’ils ont fait ça (PF-ndlr) sans analyse ça amène des problèmes. Si elles ne le font pas, elles deviennent grosses. C’est pourquoi moi j’ai peur, mais si je vais le faire je dois faire d’abord l’analyse. », précise-t-elle.

Certains sont plutôt très réticents : « Il y a aussi les rumeurs, il y a les facteurs socioculturels, les femmes disent moi ma religion ne me permet pas d’adopter une méthode de PF de limiter le nombre de naissances. Il y a des rumeurs tout autours de la PF, les gens sont entrain de dire que quand on applique la PF on tombe malade, on grossit, on saigne, on passe les règles sans arrêt… donc toutes ces rumeurs. Si les agents de santé arrivent à bien sensibiliser, bien expliquer l’intérêt de la PF, bien expliquer qu’il existe des méthodes de prise en charge des effets secondaires, je pense qu’on pourrait améliorer le taux de prévalence. », indique Madame Cécile Agoïnon, née Koubonou, Sage femme responsable de la maternité du Centre de santé communal d’Abomey-Calavi, représentant la responsable centrale de toute la commune.

 

Problème de confiance des partenaires

 

« Les pilules et autre moi je ne suis pas trop pour. Moi je suis marié, bien vrai cela aide les couples à éviter les grossesses non désirées mais personnellement les filles aujourd’hui ne font plus confiance pour qu’on utilise ces méthodes de contraception. Même la fille qui va faire l’implant d’un an tout ce qu’elle peut faire pendant les un an  là, son mari ne peut être au courant de rien. Elle seul sait ce qu’elle fait. », a confié Stéphane, un jeune la trentaine à peine ; qui indique que  la confiance n’est plus au rendez-vous.

Et d’ajouter : « Ma femme a voulu le faire et est venue m’en parler j’ai refusé. Je préfère être le seul à porter le préservatif». Il explique ses raisons : « Je suis au boulot à tout moment, elle est à la maison elle vend à tout moment nul ne sait ce qui pourrait se passer. Ça c’est l’idée de l’homme le contrôle n’y est plus. ».

A la question de savoir si face à cette crise de confiance, si on fabriquait de pilule pour l’homme il va-le prend ? «Rire… Pilule pour l’homme ? Non !» répond il.

 

Des effets secondaires et du manque de soutien des parents

 

En planification familiale, « Un choix informé » signifie qu’au moment où la femme a commencé l’épisode actuel d’utilisation de la méthode, elle a été informée sur les effets secondaires de la méthode, sur ce qu’il fallait faire en cas d’effets secondaires et sur d’autres méthodes qu’elle pourrait utiliser.

Parmi les femmes de 15-49 ans dont la dernière période d’utilisation d’une méthode a commencé dans les cinq années avant la Cinquième Enquête Démographique et de Santé au Bénin, 62 % ont été informées de possibles effets secondaires ou de problèmes liés à l’utilisation de leur méthode. Par ailleurs, 55 % ont été informées de ce qu’il fallait faire en cas d’effets secondaires. Trois quarts (75 %) ont reçu des informations d’un agent de santé ou d’un agent en planification familiale concernant l’existence d’autres méthodes qu’elles pourraient utiliser. Dans l’ensemble, 52 % des femmes ont reçu les trois types d’informations. Cependant, parmi les épisodes d’utilisation contraceptive commencés par les femmes au cours des cinq dernières années, 33 % ont été discontinués dans les 12 mois. Dans 3 % d’épisodes, les femmes ont changé de méthode. Les taux de discontinuité sont élevés pour les injectables (57 %) et les pilules (48 %). Les raisons principales de discontinuation les plus fréquemment avancées concernent le souhait de tomber enceinte (48 %) et les soucis pour la santé et les effets secondaires (13 %).

Le principal élément évoqué pour faire obstacle aux méthodes modernes de planification familiale ou de contraception, ce sont les effets secondaires.

« Ça perturbe énormément, surtout les débuts ; il y a les céphalées de temps à autre, il y a les pertes d’appétit les pertes … celle qui adopte une méthode moderne aura une prise peut-être excessive de poids, ça peut être léger comme cela peut-être excessif, ça dépend de l’organisme de la personne, il y a la perturbation du cycle menstruel etc.» soutient Tatiana G.

« Les effets secondaires ce n’est rien de nouveau, c’est comme lorsque vous ajoutez un corps nouveau dans un organisme ça réagit toujours à cet effet là, donc cela peut être une prise de poids. Ce qui fait que la jeune fille qui adopte cette méthode là si on ne la suit pas régulièrement elle pense que c’est entrain de gâter quelque chose en elle. Or c’est juste une transition, le temps que l’organisme s’habitue à cela pour que tout devienne normal. Pour la plupart elles abandonnent, d’autres  continuent jusqu’à terme. », précise Noël Emmanuel Akotèhin point focal des clubs amour et vie de la Commune d’Abomey-Calavi.

« Souvent on entend dire qu’il y a des effets secondaires pour l’utilisation des méthodes contraceptives, je dois d’abord dire qu’il y a d’effet secondaire pour tout produit que nous utilisons même l’aspirine peut provoquer l’ulcère si on ne sait l’utiliser. Or dans les produits contraceptifs, la gamme des produits que nous avons il y a les méthodes  naturelles et les méthodes hormonales, il y a des méthodes sans hormones. Ce qui donne les effets secondaires c’est surtout les méthodes hormonales ; c’est les implants, les pilules et c’est les injectable et ces hormones que contiennent ces méthodes sont des hormones qui sont dans   l’organisme de la femme, ce n’est pas que c’est des hormones exportées d’ailleurs, seulement que nous mettons une plus forte dose  et cela bouleverse un peu l’organisme de la femme et c’est ça qui donne les effets secondaires. Et ces effets secondaires  sont connus et on sait comment les gérer. Il ne faudrait pas que ce soit cela qui fasse peur  à nos femmes. Entre effets secondaires et la sauvegarde de la vie de la femme je pense que le choix est facilement fait. » explique le Dr Gaston  Ahounou, Médecin de santé publique, épidémiologiste, chef service planification familiale santé des adolescents et jeunes à la Direction de la santé de la mère et de l’enfant (DSME) au ministère de la santé du Bénin.

 

Des adolescents et adolescentes…

 

L’un des éléments qui tire vers le bas la prévalence à la contraception chez les adolescents est le manque de soutien des parents.  Ils n’ont  pas toujours leur ‘’onction’’. La plupart  font recours aux méthodes de contraception à l’insu de leurs parents. « Quand vous  prenez les jeunes aujourd’hui, combien parlent de sexualité avec leurs parents ? Quand tu vas dire à ta maman ou à ton papa que tu veux adopter une méthode contraceptive, la première réaction des parents c’est pourquoi tu veux faire ça ? Tu veux devenir une prostituée dans ma maison ? Tu veux faire ci, tu veux faire ça… », déclare Tatiana G.

Pour éviter ces jugement  comme elles ne sont pas encore prêtes, à assumer une grossesse et qu’elles sont sexuellement actives certaines filles préfèrent adopter une méthode de contraception souvent avec leur petit ami.   Parfois, c’est également à l’insu de ce  derniers et c’est lorsque les perturbations commencent à venir que les parents qui suivent généralement le cycle menstruel de leur enfants découvrent une ‘’anomalie’’ et d’interrogation en interrogations, elle finit par avouer.

« L’accompagnement des parents lorsqu’ils découvrent n’est pas systématique. Certains parents qui  comprennent suivent avec leur enfants, d’autres qui ne sont pas du tout d’accord obligent l’enfant à  arrêter.», confie Tatiana G.

En effet, des parents ont des réserves sur le comportement de l’enfant en adoptant la PF… Parfois même   des enfants sont renvoyés de la maison à cause de ça.

« Je connais malheureusement deux jeunes filles qui ont été expulsées de la maison et avec l’intervention de leurs oncles et autres ont été réintégré. Simplement pour avoir utilisé des méthodes de Planification familiale. Parce que les parents estiment que voilà elle est devenue une dépravée sexuelle. » a témoigné Noël Emmanuel Akotèhin point focal des clubs Amour et vie de la Commune d’Abomey-Calavi.

Pour la plupart des parents,  leur enfant  même à 25 ans est encore sexuellement inactif. «Mon enfant ne connait pas le sexe, il est encore tout petit» et ces parents sont même prêts à défendre mordicus que ces enfants ne connaissent rien du sexe. Et lorsqu’ils   découvrent subitement que l’enfant connaît le sexe, ou fait usage de méthodes contraceptives cela les met parfois hors d’eux.

Mohamed D. étudiant, rencontré au Centre Jeunes Amour et vie d’Abomey-Calavi, affirme que les produits sont disponibles et qu’il faut se rapprocher du centre. Pour ce qui est de l’usage de la PF, « Ceux que je connais c’est peut être après un événement qui a bouleversé leur vie ou a failli la bouleverser qu’il s’y rende. ». Parlant des produits contraceptifs, en dehors du préservatif dont-il fait usage parfois, « moi personnellement je n’en ressens pas le besoin, ma petite ami n’en utilise pas pour l’instant. ». Il témoigne que sa petite amie à une  amies qui à commencé à utiliser de contraceptifs après un risque de grossesse qui lui a fait vraiment peur.

Mais en effet, la principale raison d’opter pour le choix du port de préservatif chez certains réside en des craintes. « Le stérilet, je sais qu’à un moment donné, ça peut troubler le cycle hormonal de la femme. Et après quand on est maintenant prêt à avoir un enfant il faut l’enlever pendant une certaine période d’abord. Ça peut avoir des effets secondaires, et ces effets secondaires peuvent créer d’autres choses. », déclare Donatien A. technicien en maintenance informatique et réseau. Qui indique que le préservatif  est la méthode de contraception, qu’il  opte beaucoup plus   parce que c’est une méthode beaucoup plus contrôlable comme beaucoup de jeunes optent pour ça.

 

De l’usage du préservatif…

 

Des services et prestations spécifiques pour les jeunes existent, soutient Noël Emmanuel Akotèhin point focal des clubs Amour et vie de la Commune d’Abomey-Calavi.

Cependant, la question se pose de savoir pourquoi est-ce que les jeunes ne s’approprient pas de ces services là ?

« Quand vous discutez avec les jeunes des méthodes de PF ils pourront vous en citer suffisamment, demandez leur pourquoi ils ne le font pas, la toute première réponse, le préservatif d’accord, pour la plupart des garçons et pour d’autres ils préfèrent le faire chaire contre chaire. Mais les filles ou les femmes quand à elles ne se retrouvent pas trop dans le préservatif. Et comme les autres méthodes contraceptives ont des effets secondaires elles craignent un peu plus ces méthodes et ces effets secondaires. Parce que pour la plupart ce sont ces effets secondaires qui font que les parents découvrent qu’entre temps elles ont eu à adopter une méthode de contraception. Ce qui fait que parfois les filles craignent l’adoption d’une méthode contraceptive. Si non les services sont là, elles savent bien que cela existe, c’est peut être le choix de la méthode qui parfois pose problème à ces jeunes. » répond-il.

Un  état de chose qui peut expliquer la disponibilité de l’offre et le manque de demande. C’est un secret de polichinelle que bon nombre de jeunes sont sexuellement actifs et la plupart ne sont pas encore prêt à assumer une grossesse. Ils sont donc prêts à faire ce qu’il faut pour ne pas avoir une grossesse. « Pour ce qui est des  méthodes qu’on présente aux jeunes (homme-ndlr) il y a le préservatif, il y a aussi le spermicide qui coûte cher, on n’a pas les moyens de s’en procurer, or le préservatif avec  100f ils ont déjà leur préservatif, donc eux se sentent plus ou moins à l’aise. », toutefois, l’usage ne dépend pas uniquement de l’homme.

« Les femmes quant à elles estiment  que le préservatif diminue le goût, pour celles qui sont conscientes qu’elles ne sont pas prêtes, elles acceptent ça comme ça, parce que le risque est là, elles ne veulent pas. Pour d’autres elles préfèrent dire je préfère calculer mon cycle et savoir quand je suis en période de fécondité … Ça c’est vrai que ça fausse parfois aussi et on peut tomber dans des erreurs. » explique Noël Emmanuel Akotèhin. Il évoque, la qualité des préservatifs et  leur lubrifiant qui s’assèche et qui fait que les femmes disent que  cela les brûle. Alors que les jeunes n’ont pas l’argent pour acheter un lubrifiant en appoint au préservatif. Face à ce désagrément des préservatifs, certaines femmes préfèrent calculer leur cycle ou bien adopter une méthode contraceptive, et faire face aux effets secondaires.

 

Peur ou non des Ist et Mst ?

 

Eu égard à l’attitude de certains jeunes face au sexe, la question se pose de savoir si les jeunes au delà des grossesses non désirées ont-ils peur des Ist ou Mst ? « Ça va vous paraître un peu bizarre, les jeunes aujourd’hui n’ont plus peur des Ist, oui ! Parce que ça se traite, ça se guérit. Pour eux tant que ce n’est pas le VIH Sida et que c’est une infection cela peut se guérir, très tôt si on suit un traitement cela peut se guérir. En général les jeunes ont plus peur de la grossesse que des Ist. Et la majorité des jeunes qui utilisent le préservatif aujourd’hui demandez leur pourquoi, ils vous diront c’est parce qu’ils ne sont pas prêt pour assumer une grossesse. », déclare Noël Emmanuel Akotèhin point focal des clubs Amour et vie de la Commune d’Abomey-Calavi.

Cela se justifie, souligne-t-il par le fait que  s’ils veulent éviter une infection, le traitement pour une infection dans un centre Amour et vie   ne va pas  coûter 500 francs CFA. Aussi, grâce aux tests de dépistage qui sont fait régulièrement ils sont à l’abri d’Ist. Alors que « Les grossesses on ne peut pas cacher cela, il n’y a pas un traitement malheureusement pour les grossesses. ».

 

Des compétences des agents de santé

 

Les compétences des agents de santé dans le domaine de la Planification Familiale sont très importantes. Raison pour laquelle certaines structures mettent l’accent sur les compétences des agents de santé pour la pause et le retrait des méthodes contraceptives,   de façon globale sur la pratique  de la mise en place des méthodes contraceptives. « Il est important qu’on en fasse une priorité. Mais je pense également qu’il ne suffit pas de former les agents. On forme les agents d’accord, mais il faut assurer que ces agents là gardent les compétences qu’ils ont reçues lors de ces formations. », soutient Marius Gnintoungbe, Gestionnaire de programme à CARE International Bénin/Togo. Au niveau de CARE, il est mis en place le coaching des agents qui en réalité n’est qu’une forme de tutorat qui se fait pour s’assurer que les compétences en méthode contraceptives que les agents ont reçu lors des formations, non seulement sont gardées mais s’améliorent dans le temps. « Donc nous les suivons nous leurs faisons des coachings de compétence et nous les évaluons tous les trois mois pour nous assurer que les compétences sont maintenues, parce que ces compétences sont très très capitales  dans l’acceptence des méthodes contraceptives et pour éviter les effets secondaire secondaires. » indique Marius Gnintoungbe.

 

Des difficultés des agents de santé

 

La surcharge de travail des agents de santé fait qu’ils accordent plus de temps aux soins curatifs qu’à la PF. « Présentement nous ne sommes pas en nombre suffisant pour faire le travail  comme cela se doit. Nous avons un service PF c’est là et c’est écrit en haut. Mais entre nous, on fait autre chose dedans parce que nous ne somme pas nombreux celle qui est à la PF appui la CPN (Consultation prénatale-ndlr), parce que nous n’allons pas vite satisfaire les femmes enceintes. Il y a aussi les gens qui sont en salle d’accouchement mais si la salle d’accouchement est relaxe elle aussi appui le service PF. », confie une sage femme.

Le service de PF est donné par le consentement de la femme. Mais des efforts sont faits pour   sensibiliser et  convaincre à l’adopter. Madame Cécile Agoïnon, née Koubonou, Sage femme responsable de la maternité du Centre de santé communal d’Abomey-Calavi, représentant la responsable centrale de toute la commune précise : « Il y a des gens qui refusent. Et s’il y a des gens qui refusent on mentionne et on voit si dans le temps il y a des effets correcteurs vis-à-vis des sensibilisations. Il y a des gens quoi qu’en soit ce qu’on leur dit elles ne veulent pas. ». Par ailleurs,  « Je veux aller voir mon mari pour aller discuter avec lui, sans mon mari je ne peux rien faire. Il y a des cas ou le mari dit niet et la femme peut passer par derrière négocier avec la sage femme et faire sa chose. » a-t-elle confié.

Toutefois, il a des cas d’une extrême nécessité. « Nous parfois on offre compte-tenu de la santé de la femme. Une femme qui a déjà eu quatre césariennes et qui a déjà fait 5  ou 6 enfants et le mari dit qu’il veut faire encore 4, si la femme donne son accord nous on lui fait ça. » va-t-elle indiquer. Relevant que beaucoup de maris influencent l’adoption de la PF, également, les belles mères. Avant d’inciter à la  stratégie d’implication des belles mères, et les responsables religieux, pour les former sur l’intérêt de la PF. Ces derniers pourront en parler dans les sermons et prêches. « Il faut sélectionner des femmes influentes dans le quartier, qui vont aider à divulguer, à transmettre le message dans leur entourage. » va-t-elle proposer.

Des informations sur la prise de décision concernant l’utilisation de la planification familiale collectées auprès des femmes en union qui utilisent la contraception et les femmes en union qui ne l’utilise pas au cours de la Cinquième Enquête Démographique et de Santé au Bénin (EDSB-V), il ressort que la décision d’utilisation est prise, dans la majorité des cas par la femme (46 %). Dans 43 % des cas, c’est principalement la femme et le mari/partenaire qui ont pris la décision et dans 11 % des cas, c’est le mari/partenaire.

Si  au Bénin, la femme est donc pratiquement toujours impliquée dans ce type de décision (89 %), parmi les femmes en union qui n’utilisent pas actuellement la contraception, il est constaté que la décision de ne pas utiliser est prise principalement par la femme (60 %). Dans 20 % des cas, la décision est conjointe et dans 15 % par le mari/partenaire principalement. L’enquête indique que des informations recueillies auprès des femmes de 15-49 ans actuellement en union non utilisatrices de la contraception sur leur intention d’utiliser la contraception dans le futur, un peu plus d’une sur deux (54 %) n’a pas l’intention d’utiliser la contraception dans le futur.

 

Des agents qualifiés…

 

Au nombre des difficultés, on note également la formation des agents de santé sur les méthodes de contraception comme une préoccupation majeure. La planification familiale, « En réalité ce ne sont pas des cours des modules qui sont très approfondies dans les différentes écoles de formations. Et le constat souvent est que quand les agents sont sur le terrain, c’est en ce moment que grâce aux projets on le leur demande ; ils sont face à la mise en place, la pose ou de retrait de ces méthodes aux patientes et il n’est pas rare de constater qu’il y a quelques insuffisances pour pouvoir bien poser ces méthodes là. », relève Marius Gnintoungbe, Gestionnaire de programme à CARE International Bénin/Togo. Or dans le même temps, lorsqu’on pose mal ou lorsqu’on fait mal le diagnostic pour une méthode de contraception à une femme, c’est que cela  pourrait entrainer des effets secondaires. Et donc la désaffection à la planification familiale.

Madame Cécile Agoïnon, née Koubonou, Sage femme responsable de la maternité du Centre de santé communal d’Abomey-Calavi, représentant la responsable centrale de toute la commune indique que : « Il y a des agents réservés à la PF, par exemple chez moi ici il y a une sage femme qui est programmée pour la PF, par mois. Mais pour ne pas nous mentir cette sage femme il y a tellement de charge, de surcharge de travail que cette sage femme est au four et au moulin. Elle fait à la fois la PF et la consultation prénatale. Elle fait deux choses à la fois. Elle s’occupe un peut des femmes qui veulent accoucher un peu et les femmes qui veulent adopter la PF. Ça ne nous donne pas le temps de bien parler de la PF. ».

Des appels sont lancés à l’endroit des   décideurs  afin de corriger cette réalité : « C’est recruter des agents qualifiés et renforcer le nombre d’agents qualifiés au sein de nos centres. Parce qu’il y a des endroits ou c’est une seule infirmière ou une seule sage femme qui est au four et au moulin qui fait l’accouchement, qui fait la consultation, la vaccination tout et tout. Combien de temps elle va disposer pour parler de la PF jusqu’à aller découvrir les méthodes traditionnelles que la femme utilise ? C’est un peu compliqué. Mais il y a quelques rare fois  quand on dispose d’un peu de temps, elles nous disent moi j’ai l’habitude de pratiquer le coïte interrompu, mon mari c’est ça qu’il adopte. Il y a des bagues qu’on porte… mais  c’est très rare, à moins qu’on aille en stratégie avancée où il y a tout un groupe de femmes et on lance le débat qu’on peut avoir ces informations. ». La sage femme relève que : « Il y en a plein qui sont sur le terrain qui ne sont pas formés mais qui offrent les services et bonjour les dégâts et c’est ça qui revient et ça sort dans les rumeurs et les gens disent qu’ils  ont adopté les méthodes contraceptives et ça n’a jamais marché, ou bien j’ai adopté les méthodes et j’ai eu d’autres problèmes… ». Invitant les autorités à charge du secteur de la santé à assainir également ce secteur.

En effet, le déficit d’agent agit sur la prévalence car les besoins en PF ne seront pas satisfaits à 100%. Par ailleurs, les adolescentes on besoin de PF mais sont confrontées à la stigmatisation. « Si elles viennent et qu’elles ne l’expriment pas et qu’on aborde  ça ce qui est mythe à leur niveau va tomber. Les parents parfois seront entrain de dire que leur enfant est trop petit l’enfant qui a déjà avancé un peu dans la sexualité, les parents peuvent penser que ce n’est pas bon de parler de cela à son enfants. » explique la sage femme. Elle évoque également l’autre aspect qui plombe les efforts. « C’est un sujet tabou chez d’autres parents. Raison pour laquelle quand un parent amène une jeune fille dans un centre de santé habilement on explore le terrain chez la fille pour voir. » précise-t-elle.

 

Perspectives…

 

La planification familiale a non seulement des impactes sociaux mais aussi économiques, en clair sur le développement. Notamment des facteurs comme l’Indice de Développement Humain (IDH), le taux de pauvreté, le taux de mortalité maternelle etc. En ce qui concerne par exemple les jeunes, «Les conséquences sont là, les jeunes ne pourront pas recevoir les services et le taux de prévalence va toujours rester bas et nous auront toujours à nous plaindre du taux de grossesses non désirées très très élevé et chaque année on aura les grossesses qui pullulent qui seront source de la déscolarisation de nos filles et aussi de nos jeunes garçons. Nous aurons sur le cou la question de dividende démographique. Nous auront la difficulté à gérer notre économie et la démographie. Et lorsqu’on cumule cela dans quelques années, dans 10 ans on va voir que on aura une population qui n’aura pas de quoi manger parce que la production à un moment donné ne sera pas à la taille ; la croissance économique ne sera pas proportionnelle à la croissance démographique… », expose Kader Avonon, passionné des questions de planification familiale et tout ce qui est lié à la santé sexuelle  et reproduction des adolescents et des jeunes.

Sur la base des informations recueillies et de la Cinquième Enquête Démographique et de Santé au Bénin (EDSB-V), le taux d’utilisation des contraceptifs est  élevé  graduellement selon le niveau d’instruction. La prévalence contraceptive moderne varie sous l’influence de toutes les caractéristiques sociodémographiques, relève l’enquête. Mais les résultats montrent, en particulier, une augmentation importante de la prévalence contraceptive avec le niveau d’instruction de la femme. La prévalence passant de 11 % parmi les femmes n’ayant aucun niveau d’instruction à 15 % parmi celles ayant le niveau primaire et à 24 % parmi celles ayant le niveau supérieur.

Au Bénin, le taux de prévalence est au rabais, mais dans les centres de santé, des initiatives sont prises pour inverser la tendance. D’aucun pensent qu’il faut mieux orienter les actions vers les jeunes. « Aujourd’hui si on ne tient pas compte de ces jeunes là, si on ne les emmène pas dès le début pour comprendre les réels besoins avant l’élaboration de ces politiques, c’est normal qu’on soit toujours en arrière. » soutient Kader Avonon, passionné des questions de planification familiale.

« Le taux est au rabais, c’est à peine quatre ; trois virgule et quelque pourcent qui arrivent à adopter une méthode de Planification familiale raison pour laquelle on est entrain d’intégrer le service PF au niveau de toutes les unités de soins de notre centre de santé. Une manière de sensibiliser toutes les clientes qui viennent dans notre centre de santé pour un autre motif. » déclare Madame Cécile Agoïnon, née Koubonou, Sage femme responsable de la maternité du Centre de santé communal d’Abomey-Calavi, représentant la responsable centrale de toute la commune.

« Nous avons une stratégie en cours, pour pouvoir ramener les femmes à adopter les méthodes facilement. Les aider à comprendre que effectivement il y a les effets secondaires qui font qu’elles fuient la PF et que ces effets secondaires sont gérables si elles suivent bien  leurs rendez-vous, si on arrive à choisir la méthode qui leur convient. » indique-t-elle. «  J’invite les dirigeants à renforcer le service PF. Il y a déjà un effort qui est déjà fait par le ministère par les ONG à ce jour ; nous avons les relais communautaires qui nous appuient. Malgré cela, il reste quelque chose à faire et tant qu’il reste à faire rien n’est encore fait. » a-t-elle lancé comme appel.

La Planification familiale, ce n’est pas que la réduction de la natalité elle contribue aussi à procréer, a réduire les Ist qui par ricochet peuvent aussi empêcher la jeune fille ou la belle fille de tomber enceinte à la longue. Un package qui n’est pas toujours su de nombre de personnes.

« Il faut aussi expliquer au gens qu’au niveau du service PF, il y a aussi comment procréer, comment aider les gens à avoir leur enfants. On aide aussi les gens à la PF à tomber enceinte. On aide les gens à la PF à éviter les Infections sexuellement transmissibles, à éviter le VIH Sida » a martelé madame Agoïnon.

Selon le responsable du service Planification familiale santé des adolescents et jeunes de la Direction de la santé de la mère et de l’enfant (DSME) du ministère de la santé du Bénin, depuis plus de trois ans, le pays n’a plus connu de rupture de produits contraceptifs au niveau national ; il en est de même pour les dépôts régionaux de la Centrale d’achat des médicaments essentiels et consommables médicaux (CAME). Un effort est fait au niveau des dépôts répartiteurs pour que les produits soient disponibles, malgré cela dans certaines formations sanitaires les produits ne sont pas disponibles comme il faut. C’est : « Parce que ce n’est pas une priorité pour certains, ce n’est pas une intervention prioritaire  et ça déteint sur les résultats, parce qu’on dit sans produit, pas de programme et je pense que c’est l’un des goulots principaux que nous avons. La planification familiale n’est pas une maladie, ce n’est pas comme le paludisme, la diarrhée … donc les gens ne considèrent pas ça comme une urgence. », relève Dr Gaston  Ahounou, Médecin de santé publique, épidémiologiste, chef service Planification familiale santé des adolescents et jeunes à la Direction de la santé de la mère et de l’enfant (DSME) au ministère de la santé du Bénin.

Pour changer la donne, le  pays veut implémenter une stratégie qui a marché au Sénégal. Un pays majoritairement musulman. En effet,  il y a quelque année il avait été élaboré et mis en œuvre un plan intégré de communication essentiellement sur la planification familial. Mais il est révélé que  lorsqu’on noie cela avec les autres interventions de la santé et de la  reproduction, on n’a  pas l’impact qu’on veut.

A cet effet, un nouveau Plan national de la Planification familiale a été élaboré et il  reste à le valider et le mettre en œuvre afin que  les gens comprennent l’utilité de la planification familiale quelques soient leurs opinions. « Ils peuvent avoir leur opinion, mais qu’ils comprennent que c’est utile pour eux même que ce soit homme comme femme, c’est utile pour la communauté. » soutient le Dr Ahounou.

« Pour moi si on veut augmenter le taux de prévalence contraceptive, il faut mener des actions au delà des adolescents et des jeunes. Pour moi ce n’est pas forcément sur cette cible qu’il faut mettre l’accent. Mais beaucoup plus sur les femmes qui sont en union et les populations clés les travailleuses de sexe; il faut vraiment mettre l’accent sur ceux là. » suggère Marius Gnintoungbe, Gestionnaire de programme à CARE International Bénin/Togo.

Il invite aussi à  mettre en place des actions pour que les femmes en union utilisent beaucoup plus la PF, sans oublier aussi les jeunes, « quand on parle de jeunes déjà je rentre dans la tranche d’âge de 18 ans, 19 ans, si là à ce moment une jeune fille commence par être sexuellement active qu’elle l’utilise mais pas moins que ça.  Donc, que les actions soient  beaucoup plus ciblées vers ces tranches d’âge là 19 à 24 ans.  Aussi faire en sorte que l’on puisse mieux cibler les actions que  font les Osc. ».

C’est un secret de polichinelle que des actions sont menées au Bénin pour une bonne prévalence à la planification familiale, « Il y a de ces initiatives qui existent déjà qu’il faut juste renforcer par un bon suivi et je crois que ça va donner quelque chose. » selon Kader Avonon, passionné des questions de planification familiale.

Dans les zones sanitaires que compte le pays, il est mis en place un cadre de concertation qui implique tous les acteurs ou les chiffres sont renseignés. Un système de ‘’tracking’’ est mis en œuvre pour renseigner les données et les agents de santés sur le terrain doivent fournir des résultats lies à la Pf. Ce qui les oblige à offrir les services adaptés. Par ailleurs, si les services ne sont pas adaptés, les chiffres ne seront pas intéressant dans leur localité ce qui va donner des signes d’alerte. Tout ceci sans compter l’habileté des agents à ce niveau qui pourrait ne pas révéler la réalité.

Marius GNINTOUNGBE de Care International Bénin/Togo, soutient : « Pour inverse la tendance je crois que il est important que nous ayons une meilleur coordination au niveau étatique des différentes actions et des différents acteurs qui interviennent dans le domaine.

Nous constatons de plus en plus qu’il y a un afflux de financement sur la thématique de la planification familiale mais je crois qu’il faudrait vraiment faire une réelle coordination pour qu’on sache ce que chacun fait et qu’on puisse savoir dans quelle direction nous sommes entrain d’aller. Pour moi c’est ça qui est le plus important.

La deuxième chose c’est aussi de tenir un peu compte  de tout ce qui est lié à des considérations d’ordre culturel, d’ordre religieux dans tout ce qui se fait».

 

Encadré

La Planification familiale et les méthodes contraceptives sont aujourd’hui un enjeu de développement et beaucoup s’y investissent. Au Bénin à l’instar de plusieurs pays de la sous-région, il est pris beaucoup d’engagements  et mis en place plusieurs initiatives ; que ce soit au niveau communautaire que central, des actions  de sensibilisation et d’offre de services sont faites. Il est à noter que des Organisations non gouvernementales (Ong), Organismes internationaux, et Organisations de jeunes  s’investissent dans la planification familiale. Un atout majeur ; cependant, la nécessité de fédérer les énergies que ce soit : l’Etat central, les Organisations de la société civile, les leaders religieux et d’opinion, les parents et  autres pour la cause s’impose afin d’atteindre les résultats escomptés.

Les gouvernants sont invités à  renforcer l’existant, mieux collecter les résultats sur la Panification familiale, et rendre opérationnel la stratégie nationale ; d’où la nécessité de mobilisation des ressources. Ceci à travers des plaidoyers à l’endroit des Partenaires techniques et financiers (Ptf) pour   l’opérationnalisation de ces outilles.

Quant aux acteurs locaux, que ce soit les Ong, Organisations  de jeunes etc, il urge travailler en synergie, mais aussi mettre les jeunes au cœur des politiques que dans leur mise en œuvre, suivi et évaluation.

 

Par Ange BANOUWIN

Publié le 27-09-2019 dans Quotidien L’Actualité

 




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